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Rencontre sur Gramsci à la fédération 69 du PCF

Gramsci et le renouvellement du communisme : Défis idéologiques et batailles culturelles

Discussions
Mardi 5 mai 2026

La rencontre du 25 avril sur Gramsci organisée à la fédération du Rhône du PCF par Claude et Martine était riche, à la fois pour la connaissance de l’histoire et de la pensée de Gramsci, mais tout autant pour la lecture actuelle que les communistes peuvent en faire dans la préparation de leur 40e congrès. Plus de 20 interventions construites, et des centaines d’échanges courts..

Après la publication des deux introductions de Martine sur l’histoire de Gramsci et de Claude sur ses concepts, voici une tentative de résumé personnel, sur quelques points saillants mais aussi une synthèse de la discussion réalisée par une IA, synthèse tout à fait remarquable et utile pour découvrir la discussion, et qui est un exemple de plus de l’enjeu pour les communistes de s’approprier ce bouleversement des « forces productives » que représente l’IA, bouleversement de même ampleur historique que la thermodynamique au 19e siècle permettant la transformation de l’énergie en mouvement, et l’industrialisation. [1]

Tout d’abord, la pertinence de cette rencontre sur Gramsci est éclairée vivement par cette citation :

À un certain point de leur vie historique, les groupes sociaux se détachent de leur parti traditionnel, c’est à dire que les partis traditionnels, dans la forme d’organisation qu’ils présentent, avec les hommes bien déterminés qui les constituent, les représentent, et les dirigent, ne sont plus reconnus comme expression propre de leur classe ou fraction de classe. Quand ces crises se manifestent, la situation immédiate devient délicate et dangereuse parce que le champ est ouvert aux solutions de force, à l’activité des puissances obscures représentées par les hommes providentiels.

On ne peut que constater son actualité, avec la crise des partis politiques traditionnels du LR au PCF, la perte de leurs liens historiques avec des groupes sociaux déterminés et l’apparition de personnalités « providentielles », Bardella, Macron et Mélenchon…

La rencontre, les deux introductions, les nombreuses références bibliographiques permettent de rendre accessible la pensée de Gramsci aux militants en lien avec la situation sociale et politique actuelle, avec notamment des points communs et des différences entre les années 1920 et les années 2020… un siècle d’écart

Le premier point commun est bien sûr la montée du fascisme comme réponse de l’impérialisme à sa mise en cause par la révolution soviétique il y a un siècle, par la chinoise et les BRICS aujourd’hui. Et pourtant, l’impérialisme de 1920 est hyper-dominant technologiquement et économiquement, alors qu’il est désormais dépassé dans l’industrie et la recherche, et le mouvement ouvrier était en pleine croissance en 1920, avec l’immense espoir des « 100 jours qui ébranlèrent le monde », alors qu’il est émietté et désorganisé dans tout l’occident.

La discussion dira que le plus important n’est pas de faire état des différences, mais de chercher à utiliser les outils théoriques forgés par Gramsci dans l’analyse de notre situation concrète aujourd’hui. Ainsi de la notion de bloc hégémonique et de dialectique « domination / direction » qui fonde la version gramscienne de l’alliance des ouvriers et des paysans qui a permis la révolution russe et qui n’a pas été possible lors des « journées rouges » des années 1919 et 1920, limitée à Turin et au nord de l’Italie sans alliance avec le sud dans une Italie historiquement divisée.

La discussion conduit à deux interrogations pour la France.

  • Quels sont les blocs sociaux qu’il faut unir dans un « front unique » pour construire une hégémonie idéologique face à la bourgeoisie ?
  • Quelles sont les formes d’alliances utiles dans ce « front unique » avec le débat ouvert par Lénine et Gramsci sur la différence entre domination et direction ?

La société française semble divisée en trois blocs (la classe ouvrière captée par le RN, les couches moyennes urbaines captées par les verts ou en tout cas leurs idées, et les banlieues captées par LFI. Cette fracture en trois blocs rend difficile la construction d’un bloc historique hégémonique.

Les débats d’il y a un siècle sur la dialectique « renforcement du parti / construction du Front Unique » sont toujours au cœur des discussions des communistes qui depuis le 38e congrès ont décidé de garder et de renforcer le parti communiste. Une différence importante est que les débats du PCI naissant sont fortement marqués par l’internationale communiste et les « ordres » de Moscou, ordres changeants comme on sait. Les communistes français sont aujourd’hui seuls face à leur responsabilité. La Chine a tiré les leçons de l’URSS et n’intervient pas dans la vie politique des autres pays…

L’apport de Gramsci sur cette dialectique parti/front unique est sans doute la distinction entre « domination » et « direction ». Pour Gramsci, comme pour Lénine, le Front Unique doit être dirigé par la classe ouvrière. Il faut une alliance avec les paysans, donc il faut tenir compte de leurs intérêts, mais la classe ouvrière est la seule classe qui n’exploite aucune autre classe et elle est donc celle qui doit diriger le processus révolutionnaire pour qu’il ne s’enlise pas dans le corporatisme et les intérêts particuliers. [2]

Mais pour Gramsci, la classe ouvrière doit construire son rôle dirigeant sans domination des classes alliés, la domination est nécessaire pour imposer une autre société à la classe bourgeoise et la domination peut utiliser la force, mais aussi l’hégémonie culturelle… Un défi aujourd’hui où il semble que la bourgeoisie impose comme jamais une hégémonie culturelle massive, par tous les canaux des « superstructure », publicité, école, médias, religions… Comment prétendre diriger une alliance avec le poids de Cnews et Bolorré sur la société ?

C’est le fonds des discussions sur les présidentielles, surtout si on considère que l’enjeu premier des présidentielles n’est pas de résister au projet raciste du RN, il faut alors voter dès le premier tour pour Edouard Philippe, seul capable de le battre au second tour, mais d’inverser l’affaiblissement de la gauche et d’engager sa transformation vers un « front unique dirigé par la classe ouvrière »… C’est en tout cas le sens que je donne à la nécessité absolue d’une candidature communiste non électoraliste…

L’expérience des municipales éclaire sur l’enjeu premier de l’abstention (plus de 62% à Vénissieux et Vaulx-en-Velin). A l’évidence, on ne peut résister au projet raciste de l’extrême-droite avec ce taux d’abstention dans les quartiers populaires, et la division du peuple entre banlieues, centres villes et périphéries. [3]

Les échanges ont été nombreux sur la lecture de la société actuelle, des difficultés du PCF à rester ancré dans le monde du travail, que ce soit sur la question des mouvement spontanés (gilets jaunes, coordination dans la santé), ou sur la classe ouvrière d’aujourd’hui, émiettée et fracturée par la désindustrialisation, la mondialisation, l’immigration, la métropolisation cassant l’unité de la république… Il est donc urgent de travailler sur l’analyse de la classe ouvrière d’aujourd’hui, et donc d’aller sur le terrain créer des liens comme le fait Jonathan.

Le constat de l’affaiblissement du parti dans tout ce qui lui permettait de construire une hégémonie culturelle fait débat… communisme municipal, maisons d’édition, disparition des structures de formation. J’ajoute une question non abordée, l’humanité était le premier outil de la présence communiste dans les médias… Elle pourrait être le premier vecteur de reconstruction de cette hégémonie indispensable, à condition de redevenir le journal des communistes…

En conclusion sur ce mot hégémonie, le plus connu sans doute des concepts de Gramsci, même s’il est utilisé par Lénine pour penser l’alliance des ouvriers et des paysans. Il y a des lectures très réformistes, et même de droite de ce concept. Gramsci dit que l’hégémonie doit se construire avant la révolution, pour pouvoir diriger le socialisme après la révolution. Mais il n’a évidemment jamais dit que l’hégémonie pouvait se passer de révolution, ce que disent les promoteurs du « communisme déja là », laissant croire qu’à coup de SECU, d’école publique, de communisme municipal, de culture populaire et d’autogestion, on allait construire l’hégémonie conduisant au changement de société sans révolution. Au contraire, il est clair qu’en n’apparaissant plus comme porteur d’une véritable révolution, d’un changement réel de société et pas seulement de politique, le PCF a perdu sa capacité à construire de l’hégémonie et a même perdu année après année tous les outils qui lui permettaient d’avoir dans les années 1970 une certaine hégémonie idéologique dans de larges couches de la société. C’est vrai dans la culture, comme du communisme municipal ou du monde syndical.

Voila un bon début pour le 40e congrès du PCF, et comme je l’ai dit en conclusion de mon intervention, il faut espérer que le congrès passe l’essentiel de son temps à discuter des forces productives actuelles, en France et dans le monde…

Synthèse réalisée par le modèle IA de l’application dicte.ai

La transcription détaillée de chaque intervention est difficile et pas nécessairement utile. Les participants qui le souhaitent peuvent demander pour rédiger eux-mêmes une version écrite de leur intervention, et nous la publierons. Cette synthèse par IA est une première… à mettre en débat.

Gramsci et le renouvellement du communisme : Défis idéologiques et batailles culturelles

Introduction : Gramsci comme outil de réflexion pour aujourd’hui

Ce débat s’inscrit dans le cadre de la préparation d’un congrès du Parti communiste français (PCF). Les participants, militants et intellectuels, y discutent de l’actualité de la pensée de Gramsci, de ses concepts clés (hégémonie, culture, guerre de position) et de leur application dans le contexte politique contemporain. Plusieurs questions traversent les échanges :

  • Comment renouveler la pensée communiste à partir de Gramsci ?
  • Comment articuler théorie et pratique dans un contexte de crise du mouvement ouvrier et de montée des extrêmes droites ?
  • Quels outils culturels et organisationnels mobiliser pour reconstruire une force politique progressiste ?

1. Ressources et bibliographie : Accéder à l’œuvre de Gramsci

1.1. Ouvrages de référence

Plusieurs livres et auteurs sont cités comme indispensables pour comprendre Gramsci :

  • André Tosel :
    • Gramsci au temps des cerises (éditions Le Temps des cerises).
    • Pédagogique, cet ouvrage est recommandé pour aborder les concepts difficiles de Gramsci.
  • Textes choisis de Gramsci :
    • Gramsci dans le texte (compilation de ses écrits avant et pendant les Cahiers de prison).
    • Classés par thèmes, ces textes permettent une approche thématique de son œuvre.
  • Lettres de Gramsci :
    • Qu’as-tu fait de ton petit cerveau ? : recueil de lettres familiales (à sa femme, ses enfants, ses neveux et nièces).
      • Intérêt : Ces lettres révèlent sa réflexion sur la langue sarde, la linguistique, et son approche pédagogique envers ses enfants (il leur parle comme à des adultes, abordant des sujets de société et des réflexions historiques).
      • Anecdote : Gramsci a un arrière-petit-fils, Antonio, musicien et mathématicien, vivant à Moscou et souvent en Italie.
  • Pier Paolo Pasolini :
    • Les Cendres de Gramsci (Le ceneri di Gramsci), recueil de poèmes.
    • Symbolique : Pasolini, figure majeure de la culture italienne, s’est recueilli sur la tombe de Gramsci au cimetière acattolico de Rome (cimetière protestant), illustrant l’héritage intellectuel et émotionnel de Gramsci.

1.2. Transmission et archives

  • Rôle de Palmiro Togliatti :
    • Premier à publier les écrits de Gramsci en Italie après la guerre.
    • Soutien indéfectible : Malgré des désaccords, Togliatti a toujours défendu Gramsci, le désignant comme ’chef du Parti communiste italien’ dans un article de 1931.
    • Préservation des archives : Avec Piero Sraffa et Tatiana Schucht, il a œuvré pour sauver les Cahiers de prison et les lettres de Gramsci, envoyés à Moscou pour les protéger du fascisme.
  • Rééditions et redécouvertes :
    • Dans les années 1960, un universitaire italien classe et analyse systématiquement les écrits de Gramsci.
    • Impact en France : Des intellectuels comme Christine Buci-Glucksmann (années 1970) contribuent à populariser sa pensée.
    • Oubli relatif : Malgré des périodes de forte influence, la pensée de Gramsci a parfois été négligée ou instrumentalisée.

1.3. Conseils pour une introduction à Gramsci

  • Pour les débutants :
    • Gramsci dans le texte (avec une introduction de François Rétif).
    • Wikipédia : Bien que synthétique, l’article sur Gramsci est jugé correct pour une première approche.
  • Pour approfondir :
    • Michel Sautel : Les interprétations réformistes de Gramsci, une trahison de l’hégémonie révolutionnaire (texte court, accessible).
    • Catherine Buci-Glucksmann : Ouvrage sur Gramsci avec une bibliographie complète.

2. Gramsci et la culture : Un enjeu politique central

2.1. La culture comme outil d’émancipation

  • Contexte turinois :
    Gramsci découvre à Turin la culture socialiste (militants lisant de l’économie, de la philosophie) et s’imprègne de la revue La Voce (dirigée par Giovanni Papini et Gaetano Previati), qui couvre tous les domaines culturels (théâtre, musique, littérature, histoire).
    • Objectifs de La Voce :
      • Pédagogie : Rendre la culture accessible à tous les Italiens.
      • Renouvellement culturel : Transformer en profondeur le champ culturel italien.
  • Débat : Culture bourgeoise vs culture prolétarienne
    • Position d’Enrico Leone (syndicaliste révolutionnaire) :
    • ’Le salut viendra de l’ouvrier, des classes aux mains calleuses et aux cerveaux non contaminés par la culture et la putréfaction scolaire.’
      • Rejet radical de la culture bourgeoise, jugée aliénante.
    • Position de Bordiga :
      • La culture n’est pas une affaire de parti, mais de maîtres d’école (transmission scolaire).
    • Position de Gramsci :
      • Critique des deux approches : Il rejette l’idée d’une culture prolétarienne pure, qu’il qualifie de ’ramassis de préjugés’.
      • La culture a un rôle politique : Elle permet aux classes dominées de prendre conscience de leur valeur et de leur égalité avec les classes dominantes.
      • Inspiration de Giambattista Vico : Transformation du ’Connais-toi toi-même’ de Socrate en un mot d’ordre d’émancipation pour la plèbe.

2.2. Deux types de culture

Gramsci distingue :

  1. La culture ’vernie’ :
    1. Superficielle, éclectique (connaissances générales).
    2. Utile mais insuffisante pour une transformation sociale.
  2. La culture ’formation’ :
    1. Approfondie, basée sur l’assimilation de concepts théoriques et de pratiques politiques.
    2. Permet de développer un esprit critique et d’analyser les situations pour élaborer des stratégies.
    3. Exemple : Comprendre comment les connaissances sont produites (ex. : la loi d’Archimède n’est pas seulement une formule, mais le résultat d’un processus historique et social lié à la navigation).
  • Critique des universités populaires :
    Gramsci les rejette car elles :
    • Ne permettent pas de comprendre la production des savoirs.
    • Reproduisent une relation élitiste : une bourgeoisie intellectuelle dispense des connaissances sans expliquer leur genèse sociale et historique.
    • Ne développent pas l’esprit critique : Sans comprendre comment une connaissance est produite, on reste passif face aux fake news ou au complotisme.

2.3. L’Ordine Nuovo : Un relais culturel et politique

  • Fondation en 1919 : Journal créé par Gramsci, Togliatti et Terracini.
  • Rôle :
    • Diffusion culturelle : Articles sur la littérature, la peinture, le théâtre.
    • Engagement politique :
      • Pendant les grèves de 1919–1920 (Biennio Rosso), les journalistes entrent dans les usines pour soutenir les ouvriers.
      • En 1920, pendant l’occupation des usines, le journal suspend sa parution pendant un mois pour se consacrer à l’action sur le terrain.
  • Objectif : Montrer que la culture doit être au service de la lutte d’émancipation.

3. Mouvements spontanés et conseils ouvriers (1919–1920)

3.1. Les conseils ouvriers : Une alternative aux commissions internes

  • Contexte : Pendant le Biennio Rosso, les conseils ouvriers remplacent les commissions internes (élues par les syndicats et réservées aux syndiqués).
  • Innovations :
    • Ouverture : Tous les ouvriers de l’usine peuvent voter, pas seulement les syndiqués.
    • Démocratie directe : Évite la bureaucratisation des syndicats.
    • Autogestion : Les ouvriers prennent la direction de la production, prouvant qu’ils peuvent faire fonctionner les usines sans la bourgeoisie.
  • Signification politique :
    • Ces conseils pourraient devenir des ’soviets italiens’, c’est-à-dire des organes de pouvoir ouvrier.

3.2. Le mouvement spontané : Une force à ne pas ignorer

  • Origine : Les mouvements spontanés naissent de la base, sans être déclenchés par un parti.
  • Rôle du parti :
    • Ne pas les ignorer ou les mépriser (risque d’échec).
    • Les accompagner : Donner une expression politique à ces mouvements.
    • Éviter la bureaucratie : Un parti qui ne fait que discuter de son organisation interne devient une ’machine bureaucratique’.
  • Exemple des grèves de 1919–1920 :
    • Échec : Les grèves restent localisées (Turin, quelques villes du Nord) et ne deviennent pas une grève générale.
    • Cause : Manque de force matérielle, mais aussi manque d’hégémonie culturelle (la classe ouvrière n’a pas su imposer sa vision).
    • Conséquence : Gramsci en tire la nécessité de fonder le Parti communiste (PCI) pour structurer la lutte.

3.3. Différence entre lutte syndicale et lutte politique

Lutte syndicaleLutte politique
Défensive : Revendications matérielles (salaires, conditions de travail). Offensive : Destruction du capitalisme.
Peut se contenter de réformes sans remettre en cause le système. Vise un changement radical de société.
Risque de corporatisme (défense des intérêts d’un groupe sans vision globale). Doit intégrer les intérêts de toutes les classes exploitées (ex. : alliance ouvriers-paysans).

4. Le Parti communiste : Unité, front unique et adaptation au contexte

4.1. Le débat sur le front unique (1921–1922)

  • Contexte :
    • 1922 : Marche sur Rome de Mussolini.
    • Terrorisme fasciste : Assassinats, attaques contre les syndicats et les partis de gauche.
    • Question : Le PCI doit-il agir seul ou former un front unique avec les socialistes et les syndicats ?
  • Positions :
    • Bordiga : Refuse le front unique, par crainte de perdre l’identité communiste.
    • Gramsci :
      • D’abord hésitant, il finit par soutenir le front unique, sur pression de l’Internationale communiste.
      • Argument : Isoler le PCI revient à le condamner à l’inefficacité.
      • Slogan : ’Information, agitation, organisation’ (le parti doit s’adresser à tous les prolétaires, pas seulement à une élite).
  • Analyse :
    Gramsci adapte toujours sa stratégie au contexte :
    • Pas de mot d’ordre universel : Ce qui fonctionne en Russie ne s’applique pas forcément à l’Italie.
    • Exemple : Il transforme la formule ’soviets d’ouvriers et de paysans’ en ’république fédérale des prolétaires et de la paysannerie’, pour coller à la réalité italienne (fracture Nord-Sud, héritage du Risorgimento).

4.2. La formation des cadres

  • Gramsci insiste sur la nécessité de former des cadres pour le parti :
    • Écoles de formation : Cellules, fédérations, écoles centrales.
    • Exemple historique : Dans les années 1970–1980, le PCF organisait des stages de formation pour ses militants (financés par les sections locales ou les congés des militants).
  • Objectif :
    • Éviter la bureaucratie et développer une pensée critique.
    • Préparer la révolution en formant des dirigeants capables d’analyser les situations concrètes.

5. Concepts clés : Hégémonie, domination et direction

5.1. Domination vs direction

DominationDirection
Rapport de force entre classes antagonistes (ex. : bourgeoisie vs prolétariat). Alliance entre classes (ex. : prolétariat + paysannerie).
Imposition par la force (police, armée, lois). Leadership consenti : La classe dominante convainc les classes alliées de suivre sa ligne.
Exemple : La bourgeoisie domine le prolétariat. Exemple : Le prolétariat dirige la révolution en s’alliant avec les paysans (comme en Russie en 1917).
  • Application :
    • La révolution prolétarienne ne peut réussir seule : elle a besoin d’alliés (paysans, intellectuels, etc.).
    • Le prolétariat doit éviter de reproduire des rapports d’exploitation (sinon, la révolution échoue).

5.2. L’hégémonie : Un concept central

  • Origine :
    • Lénine utilise le terme pour désigner l’alliance entre prolétariat et paysannerie en Russie.
    • Gramsci élargit et approfondit le concept.
  • Définition :
    L’hégémonie est l’ensemble des mécanismes (culturels, idéologiques, politiques) qui permettent :
    • À une classe dominée de conquérir le pouvoir.
    • À une classe dominante de maintenir son pouvoir en obtenant le consentement des dominés.
  • Mécanismes de l’hégémonie :
    • Culture : Littérature, éducation, médias (ex. : Gramsci étudie comment la littérature populaire véhicule l’idéologie dominante).
    • Institutions : Syndicats, associations, églises, partis politiques.
    • Idéologie : Faire accepter aux dominés que la domination est légitime.
  • Exemple historique :
    • Échec des grèves de 1919–1920 : Les ouvriers n’ont pas su imposer leur hégémonie culturelle (la bourgeoisie conservait le contrôle des idées).
    • Succès de la révolution russe : Les bolcheviks ont su créer une alliance hégémonique avec les paysans.

5.3. Structure et superstructure : Une vision dialectique

  • Théorie marxiste classique :
    • Structure (base économique) → Superstructure (culture, politique, idéologie).
    • La superstructure est déterminée par la structure (vision parfois mécaniste, critiquée par Gramsci).
  • Vision de Gramsci :
    • Autonomie relative de la superstructure : La culture, la politique et l’idéologie ne sont pas de simples reflets de l’économie.
    • La société civile (syndicats, associations, églises, médias) est un champ de lutte des classes.
    • Exemple :
      • Être syndiqué à la CGT ou à FO n’est pas neutre : cela reflète une vision politique de la société.
      • Faire du sport dans un club privé ou dans un centre socioculturel n’a pas la même signification sociale.
  • Conséquence :
    • La révolution ne se limite pas à changer l’économie : elle doit aussi transformer la société civile (culture, éducation, médias).
    • Comparaison avec Foucault et Althusser :
      Gramsci va plus loin en montrant que les superstructures sont des lieux de lutte à part entière.

5.4. Guerre de position vs guerre de manœuvre

Gramsci reprend une métaphore militaire pour décrire deux stratégies révolutionnaires :

Guerre de manœuvreGuerre de position
Attaque frontale (ex. : insurrection armée). Travail de longue haleine pour gagner l’hégémonie culturelle.
Efficace en Russie (1917) : État faible, société civile peu développée. Nécéssaire en Occident : État fort, société civile complexe.
Limites : Risque d’échec si la classe dominante contrôle les idées. Méthode : Travailler dans les institutions (écoles, syndicats, médias) pour changer les mentalités.

6. Actualité de Gramsci : Défis et perspectives pour le PCF

6.1. Comparaisons historiques : Gramsci et aujourd’hui

  • Points communs :
    • Montée du fascisme (en Italie et en Allemagne dans les années 1920, en Europe et aux USA aujourd’hui).
    • Crise de l’impérialisme : En 1920, la révolution russe menace l’ordre capitaliste ; aujourd’hui, la Chine conteste l’hégémonie occidentale.
  • Différences majeures :
    • Division du mouvement ouvrier : En 1920, le mouvement ouvrier est en pleine expansion (grèves, syndicats) ; aujourd’hui, il est affaibli et fragmenté.
    • État du capitalisme :
      • En 1920, l’impérialisme domine économiquement et technologiquement.
      • Aujourd’hui, le capitalisme est en crise (dettes, précarité, désindustrialisation).
    • Structure de la classe ouvrière :
      • En 1920, la classe ouvrière est concentrée dans les usines (ex. : FIAT à Turin).
      • Aujourd’hui, elle est dispersée (précarité, ubérisation, désindustrialisation).
    • Mouvements spontanés :
      • Mai 68 : Mouvement spontané des usines (ex. : Sochaux, Flins), porté par une nouvelle classe ouvrière (anciens paysans).
      • Gilets jaunes : Mouvement spontané, mais sans perspective révolutionnaire (manque de structuration, de liens avec les syndicats).
      • Coordinations (ex. : dans la santé) : Tentatives de contourner les syndicats, souvent traitées en ennemies par les organisations traditionnelles.

6.2. Le bloc hégémonique : Un défi pour la gauche française

  • Citation clé de Gramsci :
    À un certain point de leur vie historique, les groupes sociaux se détachent de leur parti traditionnel, c’est à dire que les partis traditionnels, dans la forme d’organisation qu’ils présentent, avec les hommes bien déterminés qui les constituent, les représentent, et les dirigent, ne sont plus reconnus comme expression propre de leur classe ou fraction de classe. Quand ces crises se manifestent, la situation immédiate devient délicate et dangereuse parce que le champ est ouvert aux solutions de force, à l’activité des puissances obscures représentées par les hommes providentiels.
  • Application à la France actuelle : crise des partis politiques traditionnels, de gauche comme de droite et montée en puissance de Le Pen / Macron / Mélenchon. La conséquence, c’est la :
    • Fragmentation du peuple :
      • RN (Rassemblement National) → Représente la rupture pour une grande partie des ouvriers (enfermés dans une alliance avec les patrons et l’état).
      • Les Verts → Représentent les couches moyennes urbaines éduquées, souvent en voie de prolétarisation.
      • La France Insoumise (FI) → Représente les banlieues immigrées, marquées à la fois par la pauvreté, les métiers de première ligne, et par une petite bourgeoisie dans l’intégration économique.
    • Conséquence : Incapacité à construire un bloc hégémonique (alliance des classes dominées, c’est la division du peuple qui domine).
    • Défis :
      • Reconstruire l’unité populaire autour d’un projet commun, le socialisme, seule réponse commune aux ouvriers, aux couches moyennes et aux banlieues.
      • Lutter contre le réformisme (le programme NFP imposée par LFI, la CGT devenue trop institutionnelle).
      • Intégrer la diversité des formes de lutte (ex. : mouvements écologistes, féministes, antiracistes) dans un projet révolutionnaire, en les écartant de leur direction par les forces réformistes.

6.3. La religion comme superstructure : Un enjeu méconnu

  • Question posée : Quel rôle joue la religion (notamment l’islam) dans les luttes de classe ?
    • Exemple algérien : Un historien propose de former des cadres communistes musulmans, estimant que ’la reconstruction révolutionnaire ne peut ignorer l’islam’.
    • Exemple chinois : Le Parti communiste contrôle les institutions religieuses (ex. : écriture des sermons des imams).
    • Débat :
      • La religion peut être un outil de domination (ex. : l’Église catholique sous le fascisme).
      • Mais elle peut aussi être un lieu de résistance (ex. : théologie de la libération en Amérique latine).

6.4. Le PCF aujourd’hui : Crise et renouveau

  • Diagnostics :
    • Perte d’influence : Le PCF est passé de 20 % des voix dans les années 1970 à 2 % depuis 2007.
    • Désindustrialisation : La classe ouvrière traditionnelle (usines, mines) a disparu, remplacée par une classe précarisée (Uber, livreurs, intérimaires).
    • Affaiblissement des organisations de masse : Syndicats, associations locataires, etc., ont perdu leur capacité mobilisatrice.
  • Propositions pour un renouveau :
    • Retour à la base :
      • Analyser la situation concrète : Pourquoi le PCF perd-il des mairies ? Quel bilan d’un communisme municipal historiquement reconnu mais qui n’a jamais freiné les pertes de villes ?
      • Former les militants : Reprendre les écoles de formation (comme dans les années 1970). Comment former les militants à faire vivre en pratique l’unité populaire et la lutte contre le réformisme ?
      • Travailler dans les entreprises : Le PCF a perdu pied dans le monde du travail. Quelques expériences pratiques démontrent les possibilités.
    • Repenser l’unité :
      • Front unique : Construire des alliances avec les socialistes, les écologistes, les mouvements sociaux qui contribuent à la direction par la classe ouvrière, et ne la place jamais à la remorque des autres couches sociales.
      • Éviter l’électoralisme : Ne pas réduire la politique aux élections (ex. : les présidentielles sont un piège si elles ne construisent pas une mobilisation populaire). Sinon, le meilleur vote contre le projet raciste, c’est la droite de Philippe…
      • Créer des tiers-lieux : Espaces de débat, de culture et d’organisation (ex. : Fête de l’Humanité).
    • Reconquérir l’hégémonie culturelle :
      • Éducation populaire : Former les gens à comprendre les mécanismes de domination.
      • Médias alternatifs : Contrecarrer l’hégémonie de BFM TV et des médias dominants. Enjeu de l’humanité pour les communistes.
      • Culture comme arme : Utiliser le théâtre, la littérature, le cinéma pour diffuser des idées révolutionnaires.
  • Exemples concrets :
    • Cellules inter-entreprises : Comme celle montée par Jonathan à Vaulx-en-Velin.
    • Documentaires militants : Ex. : Un documentaire lyonnais sur les Gilets jaunes, autoproduit par des étudiants.
    • Mouvements autogestionnaires : Héritage des LIP (usine autogérée dans les années 1970).

6.5. Témoignages militants : Pourquoi adhérer au PCF aujourd’hui ?

  • Mirabelle :
    • Héritage familial : Son oncle et sa grand-mère, militants communistes, lui ont transmis des valeurs d’humanisme et de rigueur.
    • Rigueur intellectuelle : Son oncle lui répétait : ’Peu importe les notes, l’important est ce que tu as appris.’
    • Engagement : Malgré des résistances (entourage non militant), elle a fini par adhérer, attirée par la rigueur et l’idéal du PCF.
  • Jeanine :
    • Critique des dérives : Le PCF a parfois été trop bureaucratique.
    • Mais : ’On ne peut pas abandonner le parti, car il reste un repère pour la classe ouvrière.’
    • Priorité : Reconstruire le parti dans les entreprises et former les militants.

7. Conclusion : Gramsci comme boussole pour l’action

7.1. Les leçons de Gramsci pour aujourd’hui

  1. La culture est un champ de bataille :
    1. Ne pas laisser la bourgeoisie dominer les idées.
    2. Former des intellectuels organiques (issus du monde du travail).
  2. Les mouvements spontanés sont une force :
    1. Ne pas les ignorer (ex. : Gilets jaunes, coordinations).
    2. Les structurer pour en faire des leviers révolutionnaires.
  3. L’hégémonie se construit dans la durée :
    1. Guerre de position : Travailler dans les institutions (écoles, syndicats, médias).
    2. Alliances : Construire un nouveau bloc historique (ouvriers + couches moyennes urbaines + banlieues + paysannerie + intellectuels)..
  4. Le parti doit être un outil de transformation :
    1. Éviter la bureaucratie.
    2. S’appuyer sur les luttes concrètes (grèves, occupations, mobilisations).

7.2. Propositions concrètes pour le congrès du PCF

  • Analyser les forces productives (et non seulement les élections).
  • Rejeter l’électoralisme : Les présidentielles sont un piège si elles ne s’accompagnent pas d’une mobilisation populaire.
  • Reconstruire l’unité populaire :
    • Front unique avec les socialistes, les écologistes, les mouvements sociaux qui contribuent à la direction par la classe ouvrière, et ne la place jamais à la remorque des autres couches sociales.
    • Lutter contre le réformisme (ex. : la CGT doit retrouver son rôle combatif).
  • Former les militants :
    • Écoles de formation (comme dans les années 1970).
    • Éducation populaire : Ateliers, débats, tiers-lieux.

7.3. Citation finale (inspirée de Gramsci)

Le pessimisme de l’intellect ne doit pas l’emporter sur l’optimisme de la volonté. Même dans les périodes les plus sombres, il faut continuer à semer les graines de l’émancipation.

[1Peut-on dire que l’IA transforme énergie en connaissance ? c’est un autre sujet…

[2Je sors du compte-rendu en proposant un exemple actuel. Depuis plus de 20 ans, la gauche a défendu le développement des énergies électriques renouvelables, dont le photovoltaïque, notamment parce-que cela correspondait à des intérêts particuliers de ceux qui ont pu se permettre, d’installer des panneaux grace aux aides publiques… mais ce développement a été financé par un taxe payée par tous les consommateurs donc tous les salariés, y compris ceux qui ne pouvaient bénéficier des aides parce-qu’ils étaient locataires HLM… Autrement dit, ces aides publiques étaient une énorme injustice sociale, faisant payer l’électricité des propriétaires aux locataires… Et pourtant, elle a été défendue, y compris par les écologistes alors que le photovoltaïque est une électricité 5 fois plus carbonée que le nucléaire… La direction politique par la classe ouvrière de l’union de la gauche et des écologistes a fait défaut, et ce n’est pas LFI qui va résoudre cette contradiction.

[3J’ajoute hors compte-rendu ma lecture de cette question décisive : quel projet peut unir l’ouvrier blanc du pas de calais, la jeune communicante parisienne, le jeune livreur à vélo migrant surexploité, l’ingénieur en IA écartelé entre deepseek et gemini, l’aide soignante fatiguée de ses trajets en transport en commun de la banlieue à l’hôpital, l’ouvrier immigré des réseaux d’assainissements, le technicien en maintenance électrique en déplacement permanent, ceux qui habitent dans une cité gangrenée par le trafic parce-qu’ils n’ont pas le choix, ceux qui se sont endettés pour en partir dans une zone périphérique et qui se retrouvent endettés, ceux qui vivent dans la grande pauvreté en zone rurale… Aucun catalogue de mesure type programme commun ou programme NFP ne peut y répondre. Seule l’affirmation qu’on peut construire une autre société, où c’est le travail qui décide, donc une société socialiste, peut bousculer les repères politiques actuels et unir ce qui est aujourd’hui divisé

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