Incorporation et opposition
- Incorporé le 1er septembre 1960 au 92e Régiment d’Infanterie, section élèves gradés à Clermont-Ferrand.
- Viré au bout de deux mois pour opposition à l’armée : parti en Algérie avec un livret militaire comportant en encadré, la mention « fait de l’insubordination, entraîne ses camarades à la désobéissance ».
- les deux derniers mois, j’ai été affecté au « peloton auto », où j’ai passé le permis poids lourd.
Arrivée en Algérie
- Affecté à la compagnie de commandement du 117e Régiment à Rovigo (Algérie).
- Au bout de deux mois, muté au commando de chasse harki « Kimano 46 ».
- Un camarade se porte volontaire pour me remplacer au vu de mon opposition, mais la réponse fut non : la preuve était faite que ma mutation était disciplinaire.
- Je remplace un chauffeur de GMC tombé dans un ravin et qui y a laissé sa vie.
Vie au poste de Hamam Melouane
Le village s’appelait Hamam Melouane.
- Nous sommes 8 Européens dans un poste militaire, avec 25 harkis, leurs femmes et leurs enfants.
- Les Algériens du village étaient tous issus de villages de montagne environnants, rasés par l’armée entre 1956 et 1957 pour couper les liens entre les paysans-éleveurs et l’insurrection du FLN (Front de Libération Nationale).
- Les harkis sont originaires des mêmes tribus que les gens du village ainsi que les fellaghas (combattants du FLN) rencontrés dans le secteur.
- J’ai même vu un sergent harki embrasser un prisonnier… c’était son cousin.
Un mot sur la constitution des harkas (unités de supplétifs algériens) mises en place grâce à une situation créées de toute pièce par l’armée qui avait fait de même en Indochine. Après les regroupements forcés des montagnards dans les vallées, ceux-ci n’ont pas eu le choix :
- Les plus jeunes ont rejoint le maquis et formé des katibas (unités combattantes) de plusieurs centaines de moudjahidines. Grâce à leur connaissance du terrain et au soutien de la population, ils ont mis en difficulté une armée d’appelés, complètement impréparés et opposés au sale boulot qu’on leur faisait faire.
- Les plus anciens ( certains des nôtres avaient débarqué avec Leclerc sur les côtes méditerranéennes en 1944) ont constitué les harkas. Plus tard, celles-ci ont été renforcées par des prisonniers du FLN ayant choisi cette solution plutôt que la mort.
Le cessez-le-feu et la transition
- Après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, un camp du FLN s’est installé à la sortie du village, dans la montagne au-dessus de notre poste.
- Un harki, récemment arrivé chez nous est parti avec son arme pour se rallier aux maquisards. Ceux-ci ont renvoyé l’arme avec un mot : « Nous n’avons pas besoin de vos armes », en guise de mise en garde.
- Notre commando a été envoyé quelques temps après dans un autre poste militaire occupé par l’ALN (Armée de Libération Nationale). Nous sommes arrivés dans un village en effervescence – tout le monde dehors, cris des enfants, youyous des femmes, drapeau FLN déployé, les maquisards un peu en retrait. Un homme en treillis parfait est sorti du lot : c’était un capitaine qui s’est présenté à notre lieutenant. Salut militaire échangé. A mon grand Soulagement : personne n’avait intérêt à l’affrontement. Pour la première fois, nous avions sous les yeux l’Algérie nouvelle qui se formait.
- J’étais heureux de voir triompher ce pour quoi je m’étais battu depuis mes 18 ans au sein des Jeunes Communistes de mon quartier. Heureux, mais un peu angoissé par une éventuelle réaction de nos harkis ou de gradés.
- Nous sommes repartis en laissant le poste militaire à ceux à qui il revenait de droit, aux maquisards vainqueurs.
Le sort des harkis et des Pieds-Noirs
- Cette situation de bouleversement n’était pas vécue de la même manière par les harkis que nous avions entraînés dans cette mortelle impasse.
- On nous a donné l’ordre de plier bagage après que des hauts gradés soient venus annoncer à nos harkis qu’ils seraient intégrés à la nouvelle armée algérienne, comme c’était prévu dans les Accords d’Évian.
- Le lendemain de notre départ, un convoi militaire est venu et a embarqué toutes les armes de nos harkis. On a su ensuite qu’ils avaient été contraints de défiler à Hamam Melouane, sous les insultes et les coups de la population.
- Les Pieds-Noirs les plus pauvres, ceux qui n’avaient pas pu rejoindre la métropole à temps, avant les méfaits de l’OAS, faisaient la queue dans d’immenses files d’attente aux abords de l’aéroport de Maisons-Blanches (Alger), valises à la main, gosses dans les bras, après avoir parfois mis le feu à leur voiture (pour ceux qui en avaient).
Retour en France et engagements
- Ces mêmes Pieds-Noirs que j’ai retrouvé Lyon et avec lesquels les militants de Vaise-la-Duchère (quartier de Lyon) se sont confrontés, comme nos vendeurs d’Huma, interdits de séjour au marché de la Duchère par de jeunes fascistes qui rendaient les communistes responsables de leur exil et de leur misère, bien réelle.
- Notre camarade Toufik (que nous appelions « Tchic » pendant nos années de militantisme chez les Jeunes Communistes) s’est marié et a quitté son emploi de mécanicien chez Citroën, rue de Marseille à Lyon. Nous l’avons accompagné, lui et son épouse, à l’aéroport de Lyon-Bron. Il repartait définitive en Algérie, où l’attendaient des responsabilités dans une société nationalisée de pétrochimie. « Salut Tchic ! »
