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Racisme : Anatomie d’une chute

Vendredi 6 novembre 2026

Ce texte est mon témoignage, mon vécu, ma perception, mon analyse. Il n’engage que moi.

En 1983, j’avais sept ans quand la Marche pour l’Égalité et contre le racisme s’est organisée dans ma ville, aux Minguettes à Vénissieux, entre moins d’une dizaine de jeunes d’origine maghrébine musulmans et un prêtre catholique, inspirés par les marches et la non violence de Gandhi et Martin Luther King.

Ils souhaitaient dénoncer le racisme de notre société, les conditions de vie des personnes vivant dans les banlieues, et les violences graves que le racisme engendrait sur les personnes.

Arrivée à Paris, cette marche avait fédéré 10 000 personnes et ses représentants furent reçus par le Président François Mitterrand. Notons que, pendant cette marche, eut lieu le crime raciste conduisant au décès de Habib Grimzi qui fut jeté d’un train, par trois futurs légionnaires.

Cette marche déboucha sur des promesses non tenues et des mesures… Les mesures effectives furent une seule, en réalité :

  • La création de la carte de résident de 10 ans Les promesses non tenues furent :
  • Le renforcement de la justice face aux crimes racistes
  • Le soutien à un antiracisme « moral »
  • Le vote des étrangers aux élections locales No comment.

En 1994, j’ai 17 ans, je suis en terminale, scolarisée au lycée des Minguettes et j’organise, dans mon établissement, l’action pour s’inscrire dans le mouvement des manifestations nationales qui protestent contre le Contrat d’Insertion Professionnelle.
La Jeunesse de France mais aussi les syndicats, sont dans la rue puisque sont concernés les individus jusqu’à l’âge de 26 ans : qui toucheraient 80% du SMIC, dans ce CDD visant à favoriser l’embauche.
Un drame financier pour les jeunes issus des banlieues, dans des situations déjà précaires.
La France se demande ce que veulent ces jeunes, elle ne les comprend plus !
Des émissions de TV sont organisées et je participe à l’une d’elles où le groupe, déjà polémique, NTM est invité. Joey Starr, la jeunesse rebelle des banlieues incarnée, apostrophe la Ministre de la Jeunesse et des Sports d’alors Michelle Alliot-Marie.
Il l’interpelle de manière virulente, parlant de l’urgence des banlieues, expliquant sur la base de son expérience, la façon dont les jeunes qui sont issus des banlieues, sont traitées par cette société.
Elle sourit, elle l’écoute. Le gouvernement Balladur finira par retirer le CIP.

À cette période, au cinéma sortent les films : « Ma 6-T va cracker », « État des Lieux » et « La Haine » avec cette phrase de fin : « C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui se répète sans cesse au fur et à mesure de sa chute pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien mais le plus dur c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».

On est passé d’une marche tranquille à des propos virulents qui interpellent le pouvoir mais aussi aux premières émeutes, dans les cités.

2026 j’ai 50 ans , je vis dans le 93 et mes enfants sont scolarisés à l’École de la République. Les revendications des lycéens sont à l’image des conditions dans lesquelles mes enfants étudient.

N’oublions pas qu’au départ, ce mouvement part des banlieues et que c’est une demande d’égalité, comme en 1983.

Depuis combien d’années le gouvernement est-il prévenu, alerté sur la situation de nos banlieues ?

Les politiques se sont succédés, de droite comme de gauche et les souffrances, les demandes de ces citoyens majoritairement issus de l’immigration sont toujours les mêmes. Sauf que c’est pire maintenant.

En 1994, il y avait encore l’illusion de pouvoir se faire une place dans la société.

En 2026, la parole raciste s’est tellement libérée qu’on dit carrément à la télé que les personnes vivant dans les banlieues ne sont pas françaises, qu’elles sont la cause de tous les maux et doivent quitter le pays.

On conteste même leurs choix électoraux de citoyens lorsqu’ils élisent Bali Bagayoko, à la tête de Saint-Denis, questionné sur la qualité de ses électeurs.

Pire un individu comme Zemmour parle de remigration sans qu’un seul journaliste ne lui objecte que ce dont il parle, n’est ni plus ni moins que de l’épuration ethnique et de la déportation programmée.

Et la population des banlieues voit ça et entend ça tous les jours ! Mais on lui demande d’aimer la France, qui la rejette, on lui demande de lui être loyale alors qu’elle se sent abandonnée depuis 1983, et d’accepter sa misère, dignement et silencieusement.

Et le 17 octobre, les vitrines explosent, et des magasins sont pillés. On est passé d’une marche pacifique à des émeutes en banlieue, à des violences urbaines en centre-ville.

Ils en ont mis du temps avant de brûler des poubelles en centre-ville non ? Mais ce sont eux qui ont tort et qui ne savent pas exprimer leurs revendications

Je ne légitime rien. J’explique.

Et Je dénonce les gouvernements successifs qui ont délibérément tourné la tête et fermé les yeux sur la misère, parce que comme le disait Victor Hugo déjà, dès le XIXe siècle, à l’Assemblée Nationale, le 9 juillet 1849 :« Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. »

En 10 ans les multimilliardaires ont vu leurs fortunes déjà énormes doubler.

« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » V. Hugo

Et puis le 23 Octobre c’est un attentat raciste, meurtrier , inacceptable et une honte pour mon pays qui non seulement n’a pas endigué le racisme, comme promis en 1983, mais l’a même alimenté médiatiquement, sans jamais punir la parole raciste et même en la diffusant, propagande malfaisante qui a gangréné les esprits et les cœurs.

Une marche, puis des émeute, puis des vitrines cassées, puis un attentat.

Jusqu’où ça doit aller ?

C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui se répète sans cesse au fur et à mesure de sa chute pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien mais le plus dur c’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

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