Plus de 900 lycées perturbés en quelques jours. Face à l’ampleur du mouvement, le gouvernement a mis en place une cellule interministérielle de crise en milieu scolaire. Bastien Bonnargent, secrétaire général du Mouvement des jeunes communistes de France, revient pour Liberté Actus sur cette mobilisation et les raisons de la colère lycéenne.
À sa tête depuis le printemps, Bastien Bonnargent affronte là une mobilisation lycéenne d’ampleur. Le 29 septembre, plus de 400 établissements étaient bloqués ; une cinquantaine l’étaient à son initiative. Assez pour peser. C’est beaucoup plus aujourd’hui. Entretien.
La vague de mobilisations lycéennes touche aujourd’hui l’ensemble du territoire. Selon vous, qu’est-ce qui a rendu possible un mouvement d’une telle ampleur ?
Bastien Bonnargent : L’élément central, c’est la convergence d’intérêts entre les lycéens et les personnels des établissements face au délabrement du service public de l’Éducation nationale. C’est une convergence logique, les élèves et les professeurs subissent, au quotidien, les effets de l’abandon de l’État. Aujourd’hui, deux tiers des lycées de France manquent de professeurs. Et ces derniers restent des travailleurs précaires, malgré leur haut niveau de qualification et le caractère indispensable de leur mission pour la nation.
Le nouveau « bac Macron » a par ailleurs individualisé les parcours des élèves, avec pour conséquence une mise en concurrence accrue des élèves, mais aussi des établissements entre eux. Cette concurrence n’a eu qu’un seul effet : celui de renforcer des inégalités scolaires déjà profondément ancrées dans le pays, en faisant également persister une école « à deux vitesses » entre le public et le privé, bien souvent confessionnel.
Au départ, ces mobilisations dans les lycées étaient simplement une marque de solidarité avec le mouvement social de la fonction publique. Elles ont rapidement pris de l’ampleur grâce à cette magnifique convergence d’intérêts entre les lycéens et le corps enseignant.
Les images de professeurs mobilisés aux côtés de leurs élèves pour défendre des conditions d’enseignement dignes n’ont pas manqué de faire réagir. C’est une image forte de ces mobilisations, et elle est symptomatique de la crise dans laquelle se trouve l’Éducation nationale dans notre pays. Dans ce contexte, il n’a pas fallu grand-chose pour lancer une mobilisation d’ampleur.
Depuis le début de la semaine, le Mouvement des Jeunes Communistes de France est à l’initiative de plus de 200 mobilisations lycéennes.
On entend, ici et là, que ces mobilisations ne seraient finalement qu’une manière de « louper les cours ». Vous y voyez une forme de mépris envers ces jeunes qui se mobilisent ? Quelles sont les revendications des lycéens mobilisés ?
Bastien Bonnargent : Elles sont aussi nombreuses que riches. Je suis atterré d’entendre aujourd’hui que ces jeunes se mobiliseraient « simplement pour louper des cours ». Il suffit de les écouter pour se convaincre du contraire.
C’est pour cela que nous avons lancé l’initiative des « Cahiers de doléances des lycées ». De simples cahiers dans lesquels les lycéens expriment leur colère et leurs aspirations. Nous sommes déjà submergés par des cahiers qui nous parviennent de toute la France. L’opposition aux inégalités scolaires figure parmi les revendications phares. Une semaine après les sermons du pape sur l’importance de l’école privée confessionnelle, il semble que nos lycéens ne soient pas de son avis.
Comment ne pas parler de Parcoursup, qui fait figure d’épouvantail et nourrit une angoisse profonde chez les lycéens, de la seconde à la terminale ? C’est un sentiment d’échec annoncé qui règne, le sentiment que leur avenir est un impensé. Et c’est une juste réflexion. Car si Parcoursup incarne bien quelque chose, c’est précisément le refus de prendre en main la formation des futures travailleuses et des futurs travailleurs de notre pays.
Je pourrais continuer longtemps à vous énumérer leurs revendications, qui ne cessent d’affluer. La question des rythmes scolaires fait évidemment partie de leurs préoccupations, tout comme l’état des infrastructures scolaires, qui dépérissent.
La répression s’est avérée particulièrement sévère. Comment expliquez-vous un tel niveau de violence ?
Bastien Bonnargent : C’est un fait majeur de ces mobilisations, et les chiffres sont alarmants. Plus de 600 lycéens ont été interpellés, dont certains n’avaient que 13 ans, comme à Pantin hier matin. Des adolescents ont même été mutilés en marge de certains blocus.
Ce niveau de violence face à des mobilisations qu’on pourrait qualifier de « bon enfant » n’est, à mon sens, pas anodin. Il témoigne d’une tactique sale du gouvernement, qui vise à dépolitiser ces manifestations en détournant l’attention des revendications légitimes exprimées par les lycéens.
Nous interprétons donc cette violence comme un piège qui nous est tendu. Le meilleur rempart contre ce piège reste l’organisation. En plus de protéger, elle garantit l’efficacité des revendications. C’est aujourd’hui le rôle primordial que joue le MJCF.
