Ce congrès est un moment crucial : il doit nous permettre de nous parler franchement, sans illusions ni faux-semblants. Il ne s’agit pas de nier nos difficultés ni de nous contenter d’un volontarisme disant simplement « on continue ». Nous sommes là pour comprendre pourquoi nous sommes en difficulté, mais aussi pour nous redonner des forces.
Mais il faut être lucide : la vie politique n’est pas une question de communication ou de casting. On ne peut pas se contenter de choisir la « meilleure voix » comme à la télévision ou de soigner notre image. La politique c’est plus proche de la guerre en fait. La réalité politique, c’est d’abord des affrontements concrets, où les rapports de force se jouent dans la matérialité des luttes sociales. C’est le cas du salaire. Derrière, il y a un choix de société : qui possède et décide de la richesse créée. Aujourd’hui, dans notre pays, les grandes fortunes et les oligarques s’enrichissent de manière vertigineuse, tandis que la majorité de la population voit ses conditions de vie se dégrader. Ce n’est pas un problème d’image ou de communication : c’est une réalité économique et sociale.
Mais depuis des décennies, on a réduit ces enjeux, par choix ou par nécessité, à une question électorale, comme si tout pouvait se régler avec un bon candidat ou une belle campagne de com. Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça. Les exemples sont légion, en France comme dans le monde. A l’échelle du monde, on s’est raconté beaucoup de balivernes sur la paix, l’ONU, le droit international, les droits de l’homme, la démocratie, etc. Et finalement, la vérité apparaît dans toute sa brutalité. Trump ne fait que montrer ce qui était avant lui, et avec une telle vulgarité, que tout le monde la voit. Mais la réalité, c’est que les États-Unis n’ont pas réussi à écraser l’Iran, malgré leur puissance militaire. Ils n’ont pas non plus écrasé les talibans en Afghanistan. Ils ont réussi une intervention violente pour kidnapper Maduro, mais n’ont pas écrasé le régime du Venezuela qui manœuvre pour sortir du blocus. Leur prétention à détruire Cuba se heurte à la résistance du peuple cubain, malgré les pénuries d’électricité et les difficultés quotidiennes, et ils doivent envoyer le directeur de la CIA pour négocier. Les Palestiniens, malgré le génocide et la terreur imposée, restent debout. Ils incarnent une résistance que personne n’a réussi à briser.
Ces réalités montrent une chose : les rapports de force se jouent dans l’action, pas dans les discours. La guerre en Ukraine, les tensions au Proche-Orient, les crises économiques… Tout révèle les limites du capitalisme. C’est dans la réalité que se jouent les rapports de force, pas dans la communication. La communication est nécessaire, les batailles électorales sont nécessaires. Mais la politique n’est pas un spectacle. Les élections ne sont qu’un thermomètre : elles mesurent la température, mais ce n’est pas l’élection qui fait la fièvre, c’est le mouvement social. Le Parti communiste est faible dans les urnes parce que le mouvement social est lui-même affaibli.
Regardez la réforme des retraites : on a mobilisé au plus 3 millions de personnes dans la rue, un samedi, avec un tiers d’inactifs, mais combien de salariés en grève ? Très peu. Le rapport de force n’a pas été changé. C’est de là que vient notre faiblesse, pas d’une défaut de communication. Et les conséquences sont connues, la progression de l’extrême-droite
Le RN progresse : pourquoi et comment le contrer ?
Le Rassemblement National ne cesse de gagner du terrain. Dans le Nord, le Pas-de-Calais, les anciennes régions industrielles, et même à Vénissieux, où il a réalisé 19 % des voix (avec trois élus aujourd’hui, contre un seul auparavant, et un élu métropolitain dans les Portes du Sud), l’extrême droite progresse. Quand Le Pen faisait un million de voix, on s’inquiétait. Puis il en a fait 2, 3, puis 5, puis 10. Le RN fait 14 millions en 2022, il n’y a aucune raison que ça s’arrête.
Ceux qui croient qu’on va pouvoir le faire reculer en tenant un discours médiatique sur les valeurs, « c’est des méchants, des racistes, et nous on est des progressistes, des humanistes, des gentils », se font plaisir et ça fait des années que ça dure. Il faut en tirer des leçons. Pourquoi on est en échec face à l’extrême droite ? C’est la question qui me préoccupe le plus, et je suis persuadé que c’est d’abord une question très concrète. Le vote d’extrême droite naît dans la concurrence concrète entre les habitants , dans le fait que des gens se disent qu’on n’y peut rien et donc qu’ils choisissent le chacun pour soi : Comme disait Le Pen « Moi d’abord, mon voisin, ma famille, et les autres après », et donc rien pour le migrant, l’étranger. C’est la division du peuple : jeunes contre vieux, régions contre régions, travailleurs contre travailleurs.
Pour contrer cette dynamique, il faut comprendre d’où vient le vote RN. Ce n’est pas une question de valeurs, mais de concurrence concrètes entre les catégories sociales. Cette logique de division est exactement ce que souhaite le capitalisme. Le problème, c’est que Mélenchon, avec sa stratégie de catégorisation, alimente cette division en disant : « Les ouvriers blancs votent à droite, les électeurs issus de l’immigration votent à gauche. », effaçant d’ailleurs les contradictions sociales parce que des "origines immigrés", il y en a de plus en plus chez les cadres, les patrons, les actionnaires…. On ne fera pas reculer le RN comme ça. Auj contraire, il faut aller chercher les millions de voix populaires qui se tournent aujourd’hui vers le RN. C’est ce que disait Thorez en 1937, au moment du Front populaire, quand Blum proposait de « faire la pause ». Thorez, lui, répondait : « La pause, c’est pour les trusts. Nous, on continue. » Il voulait reprendre les 4 millions de voix ouvrières qui n’avaient pas voté pour le Front populaire.
Aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de la même chose : aller chercher des millions de voix du RN. Et on peut faire tout ce qu’on veut dans la com, les réseaux sociaux, ça ne changera rien si on leur dit que la réponse, c’est les services publics dans la société capitaliste telle qu’elle est, qu’il faut plus de dépenses sociales sans reconstruire l’industrie et des millions d’emplois. Ça ne changera rien si on continue à défendre les guerres de l’OTAN, en tentant de leur faire croire qu’ils ne vont pas les payer.
Mais qui peut aller chercher des millions de voix du RN ? Et comment ? C’est une question décisive. Pour répondre à ce qui construit le vote RN, il faut affirmer que la société peut fonctionner autrement, qu’il faut une autre société. Et c’est là que le socialisme prend un caractère déterminant pour être entendu par des gens qui ne nous écoutent pas aujourd’hui,
Mais qui peut le faire ? Un parti communiste, porteur d’un projet de rupture, dont le seul nom affirme la radicalité d’un projet qui affronte la grande bourgeoisie, qui donne le pouvoir aux travailleurs, qui nationalise massivement, qui réindustrialise le pays.
Regardons les faits : la gauche, aujourd’hui, fait 30 % des voix. Mélenchon, Glucksmann, Ruffin… Peu importe leurs noms. La bataille est perdue sur la base des programmes actuels. Le NFP ne propose rien de radical :
- Pas d’affrontement avec la grande bourgeoisie.
- Pas de nationalisations massives.
- Pas de réindustrialisation.
- Pas de plan pour donner un emploi à tous. Or, c’est exactement ce qu’il faudrait. Si 300 000 logements étaient construits chaque année, la question du logement ne se poserait plus. Si des millions de gens retrouvaient un emploi, la concurrence entre les travailleurs n’aurait plus de sens. Mais pour cela, il faut un projet clair, et c’est le socialisme, une société où l’état a été arraché à la grande bourgeoisie et peut donner toutes leurs forces aux luttes de classes pour changer réellement la société. C’est le contraire de 1981 ou les luttes ont été détournées vers une gestion de l’état dans le cadre du capitalisme.
Notre force : le marxisme et la lucidité sur le monde
Nous sommes faibles aujourd’hui, c’est vrai. Mais nous avons une force : le marxisme. Beaucoup d’entre nous, depuis des années, analysent les transformations du monde, notamment dans les BRICS et le Sud global. Pourtant, certains à gauche, y compris au Parti communiste, continuent de dire : « La Chine ? C’est un pays impérialiste comme un autre. » Ils ne voient pas les transformations en cours.
Le marxisme nous permet de comprendre les mouvements de capitaux, le développement économique, et les alternatives en train de se construire. En Chine, au Vietnam, dans d’autres pays, le socialisme a réussi à transformer des sociétés entières. C’est une réalité que nous devons intégrer dans notre projet.
Nous avons besoin d’un plan de bataille pour récupérer des millions de voix au RN. Ce doit être l’élément décisif de ce congrès. Et qui peut porter ce projet ? Un candidat communiste, porteur d’un message clair : « La société peut fonctionner autrement. Nous, nous voulons une autre société, le socialisme. »
Oui, nous sommes faibles aujourd’hui. Nous avons été affaiblis par des décennies d’électoralisme, où nous avons passé plus de temps à préparer des élections qu’à construire des luttes. Mais nous avons une carte à jouer : notre identité communiste, notre projet de rupture, et notre lucidité sur le monde.
Ce congrès doit nous permettre de sortir avec des idées claires et un plan d’action. Il ne suffit pas de débattre : il faut expérimenter notre force dans la vie du parti, dans les luttes concrètes, et dans la bataille politique.
Notre objectif ? Un candidat communiste à la présidentielle, capable de porter ce projet et de récupérer ces millions de voix. Car si nous ne faisons rien, le RN continuera de progresser. Et nous, nous continuerons de perdre.
